Les Qataris n'ont pas que du pétrole ; ils ont aussi des idées : avec l'aide de quelques chefs français, ils ont mis au point une recette pour bâtir un hôtel de Très Grand Luxe en bord de Seine, site classé au patrimoine. mondial.
Il ne reste plus qu'à attendre le projet de l'architecte en chef.
Avec lui, échanger trois vieux escaliers XVIIe siècle contre trois ascenseurs modernes, c'est possible : un ascenseur et un monte-charge, c'est mesquin.
Installer des salles de bains dans toutes les chambres anciennes, comme dans les hôtels deux étoiles de province que l'on rénove, c'est possible.
Remplacer toutes les menuiseries anciennes des fenêtres par des huisseries climatisées et blindées, c'est possible : le faux neuf est plus classe que le vieux authentique.
Creuser la cour ou le jardin pour disposer d'un parking de sept places, c'est possible : cinq places comme les Rothschild, c'est trop vieille fortune européenne.
Installer en sous-sol la centrale de climatisation, voire une piscine, c'est possible : s'il faut descendre sous le niveau inondable, cuvelons.
Percer le mur ancien du jardin suspendu pour faire une sortie de garage, alors qu'il en existe déjà une ancienne sur le côté, c'est possible quand on tient à loger ses domestiques, dans les anciennes écuries qui faisaient office de garage.
Avec un architecte en chef des MH, tout ce qui est impossible ailleurs devient possible :
il saura mitonner de délicieux petits plans, farcis de toutes les commodités dernier cri sur le marché des résidences T.G.L., ravaler les façades ornées de jolis pots-de-feux très tendance XVIIe, restaurer la galerie dans toutes les règles de l'art, pour en faire une salle à manger moderne bien climatisée, et faire disparaître quelques retouches charmantes apparues au cours du temps pour que l'hôtel ressemble aux gravures.
Qui oserait dire qu'il est prêt à solder notre patrimoine, contre un plat de pétrodollars : c'est un expert.
Il ne reste plus qu'à soumettre le projet devant la Commission des Monuments historiques où ses chers confrères seraient mal inspirés d'émettre des réserves, car ils ont dans leurs cartons des projets de même acabit à faire approuver dans l'année.
Il ne reste plus que le feu vert final du Ministre de la culture, où les conseillers ont pris directement en main le pilotage de l'opération : on ne saurait faire des difficultés aux amis du Président.
Momus et les pêcheurs à la ligne